27.12.2008
Histoire de Pou
Nouvelle saison, nouvelle consigne... approche du surréalisme.
Le héro porte un nom d'animal en une seule syllabe.
Cet après-midi, Pou a décidé de faire une surprise à sa fiancée. Il a pris congé et va la chercher à l’école pour l’emmener à l’Esplanade où il lui offrira cette paire de beaux bottillons bruns à boutons, très chers, dont elle lui a déjà parlé. Ensuite, ils iront manger dans une brasserie, celle où ils ont leurs habitudes, et il lui reparlera de ce projet qu’il a d’aller skie cet hiver, malgré le réchauffement climatique et la probabilité décroissante de trouver de la neige au bon endroit au bon moment.
Pou a garé sa voiture et longe le mur d’enceinte de l’école, se dirigeant vers la porte des professeurs, celle qui donne directement sur la rue, quand il est alerté par des bruits inhabituels. Il entend des cris rauques qu’il identifie comme ceux que poussent les porcs peu avant de recevoir le fatal coup de revolver. Pou se presse vers la porte qui s’ouvre devant lui, laissant apparaître un homme en tablier blanc maculé de taches de sang formant les lettres de l’alphabet, dont la calligraphie laisse pourtant à désirer. Excusez-moi Monsieur, ce n’est pas ici l’école des Joyeux Marcassins, demande Pou poliment, car Pou est un homme poli. Non répond l’homme soudain en pleurs, l’école a déménagé ce matin, ici c’est l’abattoir maintenant. L’école est à la place du supermarché. Merci, dit Pou. Puis-je vous aider ? Vous ne paraissez pas au meilleur de vote forme, mon brave. Ah, dit l’homme en blanc et rouge, je pleure car ici des animaux meurent chaque jour et cela me rend triste. C’est un métier difficile que la boucherie vous savez. Oui, j’imagine, dit Pou qui n’imagine rien du tout car lui-même est entrepreneur de jardins le lundi, pharmacien le mardi, directeur de crèche le mercredi, ouvrier agricole le jeudi mais uniquement en saison. Le vendredi est son jour de congé cependant un week-end sur deux il est courtier en assurances, ce que lui reproche sa fiancée qui le verrait bien militaire car fonctionnaire c’est mieux, on a la sûreté de l’emploi.
Pou hésite à reprendre sa voiture. Le supermarché est loin mais à cette heure-là il y a beaucoup de circulation, il ira certainement plus vite à pieds. Il s’inquiète car l’heure tourne, elle tourne même si vite que ça lui fait du vent dans la figure et ça lui fait friser les cils, ce qu’il déteste au plus haut point.
Pou craint d’arriver en retard, sa fiancée aura déjà quitté le supermarché et sa surprise sera à l’eau. Passant sur le pont de la Grand Rue, il voit en effet sa surprise qui navigue sur la rivière dans son bel emballage rouge et doré. Le paquet commence à prendre l’eau, Pou hésite à sauter pour aller la repêcher mais de toute façon la surprise sera toute moche, dégoulinante et puante. Une vilaine surprise qui ne fera pas plaisir à sa fiancée. Bah, se dit Pou, je lui ferai un autre jour une nouvelle surprise, tant pis pour les beaux bottillons bruns à boutons, elle n’a qu’à se les payer elle-même.
Et il retourne dans sa voiture où il fait une petite sieste.
18:46 Publié dans atelier d'écriture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




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